Le Nuage noir (F. Hoyle)

Publié le par Aurélie Genêt

Le Nuage noir (F. Hoyle)

Voilà le temps d'un nouvel article suite à une masse critique Babelio.

Tout d'abord, ce fut une surprise. Ne connaissant pas l'auteur (et ayant sans doute lu un peu vite la description), je croyais à une nouveauté. En réalité, il s'agit d'une réédition d'un roman de la fin des années 50.

Il faut préciser également que l'auteur, avant d'être écrivain, est surtout un célèbre astronome britannique. Rien de moins que l'inventeur du terme «Big Bang» (qui de sa part était une raillerie puisqu'il s'opposait à cette théorie - ses propres théories sont d'ailleurs présentes dans le roman).

Le nuage noir est sa première œuvre de fiction.

Cette édition est suivie d'un très (trop?) court essai évaluant les possibilités scientifiques évoquées dans le roman.

L'histoire

Des astronomes américains et anglais découvrent la présence d'un immense nuage gazeux qui se déplace droit vers le soleil et menace ainsi de l'englober ainsi que la Terre. Les conséquences (disparition des rayons du soleil, changement brutal et violent de température...) pourraient bien être dévastatrices.

Elles le sont en effet, mais moins qu'on aurait pu le craindre. Cependant, le nuage se comporte bien étrangement et se met en position stationnaire autour du soleil, ce qui semble défier toute logique. Des scientifiques situés en Angleterre, électrons libres face à des politiciens stupides et aveugles, en déduisent que le nuage est vivant. Ils arrivent même à trouver le moyen de communiquer avec cette intelligence supérieure d'un autre genre.

Critique

De la science-fiction à l'ancienne, de la vraie, de celle que, vu le grand bagage scientifique de l'auteur, on ne peut classer dans l'invraisemblance ou les inventions sans queue ni tête. Tout est étayé, expliqué... Trop, en réalité. La couverture me fait plus penser à un essai qu'à un roman. Je dois dire qu'à bien des égard, le roman lui-même aussi. L'histoire semble bine souvent s'effacer derrière la théorie.

Personnellement, je préfère l'anticipation sociale et humaine (le Meilleur des mondes, Fahrenheit 451,... qui questionnent sur l'humain) à la SF pure et dure toute tournée vers la science. Pour la principale raison que la première reste toujours d'actualité quelle que soit l'époque, alors que la seconde est vite dépassée dès que la science a évolué.

Avec le résumé de l'éditeur, je m'attendais davantage à un roman catastrophe ou apocalyptique. En réalité, l'auteur laisse son histoire, me semble-t-il, être envahie par ses propres connaissances et théories. Ainsi, les personnages, tous des scientifiques, palabrent à n'en plus finir pour élaborer des hypothèses, faire des calculs... et ceci durant des pages quasiment privées de tout décor et récit autre que ces dialogues; mais quand le nuage englobe la Terre faisant des millions de mort, tout est résumé en quelques courtes pages de façon très externe. Je ne dis pas que les discussions entre personnages sont inintéressantes. Elles contraignent à un minimum de réflexion, mais sont parfois en partie superflues, et je trouve qu'il aurait été appréciable d'aller au delà de cet aspect purement scientifique.

Ainsi, toute la première partie est fort longue, d'autant plus longue que l'on passe d'un personnage à l'autre pendant un moment sans savoir qui est important ou pas, avant d'avoir vraiment un personnage principal qui puisse donner un aspect un peu romanesque à l'ouvrage. La seconde partie, pourtant, autour de l'intelligence du nuage, est plus intéressante du point de vue de l'imaginaire, plus originale aussi. Cependant, le nuage lui-même n'échappe pas à un côté verbeux. C'est dommage.

L'auteur n'évite pas quelques clichés, ce qui n'est cependant pas gênant. En vérité, c'est même tout ce qui représente la part romanesque (opposition avec les politiciens, grande intelligence du nuage qui communique en langue humaine et apprend tout très vite, ...)

J'ai relevé aussi la mise en place de l'intrigue très fréquente dans la littérature des débuts de la SF et du fantastique (plutôt donc, fin XIXe et début XXe que milieu du siècle): l'histoire est sous forme de lettre. Ainsi, il s'agit au départ d'un écrit que l'un des personnages ayant vécu lui-même l'aventure raconte à quelqu'un qui ne la connait pas. Le personnage qui raconte le fait cependant à la 3e personne. Cependant, c'est là un point d'incohérence important: en effet, le personnage censé raconter n'apparaît qu'assez tard dans l'intrigue. Comment peut-il donc raconter aussi en détails des événements qu'il n'a pu vivre ou voir, ni même avoir connaissance?

Ce genre de détail passe souvent inaperçu, toutefois, et il n'est en rien une gêne. Il suffit de l'ignorer et de considérer que l'histoire est contée par un narrateur extérieur.

En conclusion

un roman qui se lit facilement, une bonne vulgarisation et des thèses intéressantes, un sujet sur lequel on ne peut contester la maîtrise du l'auteur, même si ses thèses furent fort controversées (et, il me semble, ne l'ont pas emporté, voire ont disparu, dans la communauté scientifique).

Un roman cependant dans lequel il ne faut pas s'attendre à trembler ou à s'inquiéter vraiment, alors même que l'espèce humaine est en danger, tant cela semble parfois n'être presque que secondaire.

Une écriture sèche, plus d'article explicatif que romanesque parfois, malgré une pointe d'humour britannique. Et la désagréable impression que le monde se limite à l'Angleterre, les États-Unis et l'Australie quand il s'agit de faire exotique. Bref, le monde anglo-saxon uniquement.

Une histoire un peu datée, surtout au niveau scientifique mais qui a justement l'intérêt de nous montrer les sciences, les théories, les possibilités entrevues au milieu du siècle dernier et une intrigue de base originale, malgré quelques longueurs et faiblesses de scénario.

Cela n'est bien sûr que mon avis, et la façon dont j'ai ressenti les choses à la lecture, non une vérité objective.

Publié dans critique, roman, science-fiction

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