les salons du livre locaux

Publié le par Aurélie Genêt

les salons du livre locaux

Hier, c'était pour moi, jour de salon du livre. Une petite heure de route pour me rendre dans cette petite ville (un peu plus de 7500 habitants) à proximité de Nancy. Eh oui, quand on est un tout petit auteur publié dans de toutes petites maisons et qu'on habite perdu au fin fond de la campagne, c'est abonnement aux petits salons de province qui se réjouissent de quelques 500 visiteurs.

Et pourtant... et pourtant, ils sont très sympas, ces petits salons. On y apprend beaucoup de choses. Déjà, en général, on y est bien accueilli. Le prix d'entrée (pour les auteurs, car c'est gratuit pour les visiteurs) est raisonnable, parfois un repas est compris. Et quand il n'est pas compris, on a souvent droit à un petit quelque chose, une bouteille d'eau, un jus d'orange, ou comme pour le salon d'hier des gâteaux d'apéritif. Tout cela dans une bonne entente, parce que tout le monde est à la même enseigne. Pas de grands noms qui monopolisent l'attention et les visiteurs (parfois cependant, une gloire locale, bien éditée, vient honorer le lieu de sa présence, mais presque comme le ferait n'importe quel modeste débutant).

Soyons honnête, il ne faut pas s'y rendre pour faire des affaire ou en espérant un substantiel bénéfice. Oh, cela peu arriver, un coup de chance, un bon emplacement, et on vend plus que d'habitude. Mais le but, déjà, c'est de rembourser l'inscription et les frais de déplacement (et je ne parle pas du repas quand on achète sur place), ce n'est déjà pas si mal... et pas toujours possible. Si l'on se déplace donc une journée entière, ce n'est pas pour l'argent. Peut-être un peu pour se faire connaître. Mais se fait-on réellement connaître en vendant en moyenne 5 à 10 exemplaires dans des villes de 5000 habitants? Pas sûr.

Non, l'intérêt de ces salons, ce sont avant tout les rencontres. Et celles-ci sont riches et méritent à elles seules l'effort fourni. Ces rencontres sont de plusieurs sortes.

Rencontre avec le public

Bien sûr, c'est le but premier. On croise toute la journée des lecteurs potentiels. Parce que l'on peut légitimement penser que le badaud qui vient flâner à un salon du livre aime les livres. Logique, non? Eh bien non, en fait, pas tant que ça. Il faut garder à l'esprit que certains viennent là en guise de promenade dominicale. Une animation, c'est l'occasion d'une sortie en famille. Mais dans ce cas, voilà un défi intéressant: amener le non-lecteur à s'intéresser à votre livre. C'est sans doute la meilleure formation commerciale sur le tas qui soit. En effet, il ne faut pas se leurrer: être auteur dans un salon, c'est devenir un vendeur. C'est difficile, très difficile. J'ignore si les autres sont comme moi, mais personnellement, si j'écris, c'est parce que je me sens plus à l'aise toute seule face à ma feuille, à prendre le temps de jouer avec les mots, de les tourner et retourner, de les choisir avec soin, que face à des inconnus à vanter ma propre production (être à la fois suffisamment modeste pour ne pas paraître présomptueux, mais assez sûr de soi pour conclure une vente, c'est tout un travail). Quand j'ai commencé à écrire, puis quand j'ai publié, je ne pensais pas à cet aspect de la question. Pour moi, l'écrivain écrivait et l'éditeur se chargeait du reste, en particulier de la vente et de la promo. Seulement, ce serait trop simple, ça ne fonctionne pas comme ça.

Le commerce et le baratin plaisent sans doute à certains, mais quand on n'a pas ça en soi, c'est un peu stressant et pas toujours facile. Vendre est un métier, et je dois dire que ce n'est pas le mien.

Quoi qu'il en soit, cet aspect est un passage obligé. Si vous attendez derrière votre table, le nez baissé, personne ne viendra de lui-même vous parler et acheter l'un de vos livres. Il faut oser entamer la conversation, voire alpaguer les passants. Il faut se montrer aimable et convainquant. Il faut parler, parler, parler. Et savoir aussi à quel moment se taire pour ne pas faire fuir. Pour l'avoir vu, certains auteurs font quasiment de la vente forcée, et ça marche. Personnellement, ce n'est pas mon truc, je n'ai pas envie de vendre un de mes romans à quelqu'un que cela n'intéresse pas.

Pour être efficace, il s'agit aussi de repérer ceux qui peuvent être intéressés. C'est une petite barrière pour moi. En effet, dans ces petits salons, la population présente est majoritairement d'un certain âge et s'intéresse peu aux littératures de l'imaginaire. D'autant que mes couverture sont très typées, presque trop par rapport au contenu d'ailleurs. C'est dommage, car c'est un a priori, et je suis sûre que beaucoup aimeraient. (en même temps, comme nombre d'auteurs sont aussi des retraités - parce qu'il faut trouver le temps d'écrire - ce n'est pas toujours déplaisant de se faire appeler "la demoiselle" ou "jeune fille" à 36 ans ;) ).

En tout cas, on a là l'occasion de parler de notre livre, de l'expliquer, de le défendre, et du coup de le considérer autrement, tel que des lecteurs peuvent le voir. C'est très intéressant. Il faudrait presque se livrer à cet exercice avant de tenter une publication, peut-être même avant d'écrire le roman, quand on en a juste la trame.

Et puis, quand il y a peu de monde, on discute, parfois de tout et de rien, parfois autour des livres et du «métier» d'auteur. On entend des histoires, drôles, tristes ou surprenantes. On reçoit des questions... disons, étonnantes. C'est un échange humain, avec tout ce que cela comporte, les bonnes et les mauvaises surprises. C'est épuisant, une concentration de tous les instants, mais toujours intéressant.

C'est aussi l'occasion de dédicacer. Ce n'est pas déplaisant, mais, ô, surprise, qu'est-ce que c'est difficile de trouver une phrase pas ridicule pour quelqu'un que l'on ne connait pas! Le bon truc, c'est d'avoir une phrase toute faite par ouvrage, et de l'adapter un peu en fonction du lecteur si on a discuté avec lui.

Les autres auteurs

Dans un salon, vous n'êtes pas seul. Autour de vous, les autres auteurs, qu'ils soient dans de petites maisons d'édition, à compte d'auteur ou auto-édités, sont des dizaines à essayer de faire la même chose que vous: mettre en valeur leur livre, leur bébé, celui qui est né dans la douleur ou dans la passion, celui qu'ils aiment et qu'ils veulent faire partager au monde entier. Ce sont un peu des concurrents, c'est vrai, mais surtout et avant tout de possibles amis, des égaux, des histoires qui trouvent résonance avec la nôtre. C'est passionnant. On échange, on raconte notre fonctionnement, on fait des parallèles, des différences, tout autant au niveau technique, scénaristique que pratique.

On partage aussi les boires et déboires, les mésaventures, les résiliations de contrats douloureuses, les droits d'auteur non payés, les promos pas faites, les couvertures de mauvaise qualité ou les tirages qui tardent à arriver. On parle contrats, distribution. On se chuchote les noms des maisons d'édition à éviter et celles dont on est satisfait, on s'échange des adresses, des tarifs... Tout ce qu'il faudrait savoir avant d'éditer, tous ces plâtres qu'on a essuyés par manque d'expérience et qu'on aurait peut-être pu éviter. On peut pester ensemble de voir que, finalement, c'est un peu pareil pour tout le monde, on peut aussi se rassurer en se disant que, oui, on s'est fait avoir, mais en fin de compte, c'est souvent un lieu commun.

Parfois, on s'échange même nos romans.

En bref, on cesse d'être seul.

D'ailleurs, suite à mes diverses conversations avec d'autres auteurs, j'ai revu ma position sur les différents types d'édition. J'en reparlerai sans doute prochainement.

Les autres protagonistes

Je ne parle pas de ceux qui nous accueillent, souvent des bénévoles et des passionnés. Je les remercie cependant: sans eux, rien ne serait possible.

Dans tout ce monde qui gravite dans les salons, on trouve aussi quelques dessinateurs ou auteurs de bd (être auteur ne se limite pas aux romans ou aux livres documentaires, il ne faut pas oublier les autres types d'ouvrage, qui mérite tout autant de respect), des bénévoles qui prospectent pour d'autres salons, des curieux qui ont un manuscrit dans leur tiroir et se renseignent. Et surtout des imprimeurs (parfois) et des éditeurs.

Bien sûr, il ne faut pas s'attendre à voir un représentant de Gallimard ou de Grasset, mais c'est l'occasion unique de rencontrer des éditeurs locaux, de les découvrir (parce qu'il n'est pas toujours facile de connaître toutes les maisons d'édition qui existent dans le coin), de voir ce qu'ils éditent, de feuilleter leurs ouvrages, de discuter avec eux. On apprend comment ça se passe de l'autre côté du miroir, on peut aussi, pourquoi pas, découvrir que leur ligne éditoriale correspond à ce qu'on fait.

Or, quitte à être publié chez un «petit», autant qu'il soit de la région. Pourquoi, me direz-vous? Qu'est-ce que cela change?

Tout simplement parce qu'il peut avoir déjà un pied dans des librairies locales pour placer nos livres. Que s'il les place à l'autre bout de la France, ils ont peu de chance de se vendre, alors que si c'est local, ça marche beaucoup mieux et on peut prévoir des dédicaces. Et puis, ça évite à l'auteur des démarchages fastidieux (et stressant) auprès de ces librairies. Ensuite, parce que pour les salons, ça fonctionne pareil: ça marche mieux en local. Et comme il fera ceux de votre coin, c'est lui qui paiera la place, et vous irez avec lui, au lieu de faire le salon sur vos propres deniers. Ça peut paraître trivial, mais ce n'est pas si négligeable.

Enfin, parce que vous pourrez le rencontrer vraiment et rien ne vaut une bonne discussion de vive voix pour apprendre à se connaître, travailler au mieux ensemble et s'assurer d'une certaine compatibilité (parce qu'éditeur-auteur, c'est comme un couple. C'est parfois calme et régulier, parfois passionné, on avance parfois ensemble, ou bien on se déchire. Ce n'est pas toujours simple).

Je crois avoir fait le tour de la question pour l'instant, avec ma ridicule expérience de moins d'une année en la matière. Peut-être, sûrement même, mon avis évoluera-t-il en fonction des nouveautés et peut-être ce billet me fera-t-il sourire dans quelques années.

Quoi qu'il en soit, vous avez ma vision actuelle de jeune auteur encore débutant.

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