La Forêt des Murmures (roman en cours)

Publié le par Aurélie Genêt

Habituellement, de mes propres écrits, je n'évoque que certains de ceux qui ont été publiés. Une fois n'est pas coutume (mais pourrait le devenir), cet article est destiné à parler du roman que je viens de finir de rédiger, la Forêt des Murmures.

J'espère qu'il sera publié un jour, ce qui est loin d'être gagné d'avance.

Le principe de base

Pour ceux qui ont lu le Sang d'Aldésie, il s'en rapproche un peu. À savoir que l'intrigue démarre sur une construction assez classique, proche de nombreux contes et mythes occidentaux, avec un jeune homme, élevé dans le peuple, qui s'avère être issu d'une famille noble. Le but étant, par la suite, de se distinguer de ce schéma classique, en évitant de sombrer dans le cliché, ou au contraire, l'anti-cliché excessif (qui par son excès même devient à son tour cliché).

Puis, comme j'aime m'appuyer sur la réalité plutôt que créer un monde de toute pièce, car je trouve que l'on provoque ainsi des incohérences technologies, sociales, philosophiques,... je l'ai placé dans un cadre de référence historique, à savoir une contrée où l'on vit comme dans la début de la deuxième moitié du XVIe siècle français. Ainsi, l'architecture, les costumes, la nourriture, le mode de vie, les enseignements, les idées... s'appuient sur les habitudes et les modes de l'époque.

Dans ce roman, la magie est bien présent, cantonnée cependant à un cadre strict et un peuple unique.

La magie reste utilisée avec parcimonie. Elle représente en effet un piège, parce que, comme par exemple les voyages dans le temps, elle crée presque inévitablement des situations incohérentes. Il ne faut pas l'utiliser par facilité. Il ne faut pas non plus que les personnages aient un mal fou à accomplir certaines actions, ou se fassent tuer « normalement» alors que la magie telle qu'elle est présentée dans le reste de l'histoire aurait très facilement pu l'éviter. Elle nécessite donc d'avoir des modalités bien définies et des limites claires pour l'auteur.

Si j'ai choisi le XVIe siècle, c'est parce qu'il représente une période de basculement entre une vision médiévale idéalisée (le comportement chevaleresque, le sacrifice personnel, le combat aussi et une certaine vision de la mort) et une pensée plus moderne (avec le développement de l'humanisme, des lettres).

Comme pour toutes mes histoires, les personnages arrivent en premier, prennent vie dans mon esprit, s'animent. Je les laisse vivre en les regardant et, une fois que je les connais bien, je les place dans la situation de départ. Puis je les observe, et ce sont eux qui, par leurs réactions et leurs choix, dirigent l'intrigue. Ce qui fait que, bien souvent, je ne sais pas tout à fait où ils vont me conduire (même si la fin est prévue d'avance, elle évolue souvent entre temps).

Comme souvent également, il y est question de pouvoir, d'ambition et de secrets de famille.

J'ai écrit ce roman dans un contexte particulier, mais avec une énorme motivation, et ces personnages créés pour l'occasion se sont si bien imposés que, finalement, je me suis beaucoup attachée à eux et j'ai eu de la peine de les quitter. Dommage que cette histoire soit en un seul tome, je lui écrirais bien une suite. Enfin, qui sait, si ce roman de base trouve sa place chez un éditeur et plaît suffisamment, tout est possible.

L'histoire

(résumé type quatrième de couverture)

Dans une contrée semblable à la France du milieu du XVIe siècle, à la croisée de l’idéal chevaleresque et de l’humanisme lié à une pensée plus moderne, deux peuples se livrent une guerre sans merci. Les humains, menés par le comte François, affrontent les Darlaz, créatures humanoïdes monstrueuses qui tirent leur magie destructrice de la forêt.

À la mort tragique de ses parents adoptifs, Amadis, un jeune bûcheron, découvre qu’il est le neveu du comte et va vivre chez ce dernier, avec pour tout bien, sa mule Blanche. Il fait la connaissance de ses cousins et surtout d'Albane, la fille du comte, dont il s'éprend. Sur place, il se montre doué pour les exercices guerriers, mais reçoit également l’enseignement d’Étienne Rebault, un érudit, qui lui enseigne la réflexion et l’ouverture d’esprit.

Quand il apprend que son père, le frère jumeau de François, fut tué jadis par Elrène, le chef des Darlaz, il décide de se joindre au comte pour exterminer ce peuple maudit.

Cependant, il va découvrir que les apparences sont trompeuses et que, derrière cette guerre et la haine de François envers les créatures, se cachent bien des secrets dont la découverte s'avérera périlleuse.

Extraits

Voilà quelques extraits, l'un de dialogue, l'autre descriptif, et le dernier plus dans l'action.

« Amadis reprenait péniblement ses esprits, assis sur un banc de fortune, quand il sentit une présence et leva les yeux. Joachim, encore en armes, le regardait d’un air grave :

— J’étais sûr que c’était vous. Quelle folie ! Que vous est-il donc passé par la tête, mon cousin ? Cette témérité aurait pu vous coûter la vie.

— Je voulais gagner ces joutes pour prouver au comte que j’étais capable de me battre.

Joachim s’assit à ses côtés, un peu péniblement à cause de l’armure qui gênait ses mouvements.

— Je sais votre ambition. Les Darlaz. Quand bien même l’eussiez-vous emporté ce jour, cela n’eût pas assuré votre victoire contre eux. Ne soyez donc pas si pressé de mourir. Quant à votre performance, ne soyez point déçu. Elle est fort honorable. Beaucoup eussent été bien fiers de se faire ainsi remarquer dans leur premier combat. N’êtes-vous pas trop meurtri ?

— Non, ça va.

— Vous êtes de robuste constitution, bien digne du sang des comtes de Réthin. Et ce fier destrier qui vous mena sans faillir, quel est-il ? De Rasenay, comme les armes ?

La question rendit le sourire à Amadis.

— C’est ma mule, dit-il en riant.

Joachim s’en amusa en retour, bien qu’il se fût douté de la vérité.

— Étonnant animal. Allons, voilà notre oncle. J’ignore s’il vient vous féliciter ou se fâcher de votre désobéissance. Je vous laisse avec lui.

François, en grande tenue d’apparat, enfoncé dans une cape de la plus fine fourrure de menu vair, approchait en effet, une expression indéfinissable sur le visage. Amadis s’empressa de se lever pour l’accueillir et exécuta une profonde révérence.

— Mon oncle… commença-t-il.

Le comte l'interrompit :

— Ne vous justifiez pas. Vous n’agissez qu’à votre tête et cela me déplaît. Les joutes sont réservées aux chevaliers, ce que vous n’êtes point. Et vous moquez-vous de nous avec votre animal de bât ?

— Avec mon animal de bât, comme vous dites, protesta Amadis, j’ai bien failli vaincre vos chevaliers d'expérience. Je ne voulais pas vous déplaire, juste vous prouver que j’étais apte à me battre. Le jour se prête à la vengeance, non ?

Le visage du comte s’obscurcit :

— Vous savez donc… Je comprends mieux. N’y allez pas seul, vous vous feriez tuer.

— Alors, donnez-moi des hommes.»

***

« Amadis soupira, se remit d’un bond sur pied et s’approcha de la fenêtre d’où il dominait l’ensemble du château. Sa chambre se situait au sommet du donjon ; la disposition n’était pas idéale, mais il fallait faire avec l’architecture militaire d’antan qui laissait finalement assez peu de place habitable. Il voyait les murs larges de près d’une toise avec leur chemin de ronde, la cour que l’on avait métamorphosée en terrain de paume, la basse-cour transformée en jardins. De sa hauteur, il distinguait les petits carrés soigneusement organisés séparés d’allées étroites. Le lieu étant restreint, la priorité se portait sur le potager, les plantes aromatiques et médicinales. Le corps de logis, rehaussé d’un étage, bouchait un peu la vue. Il savait que s’y trouvait la plupart des appartements nobles et la grande salle où se tenaient les manifestations, aussi bien quand le comte recevait des ambassadeurs prestigieux que pour les bals ou même les jeux. Autour, les tours plus anciennes, non modifiées, offraient leur austère silhouette hexagonale. Le spectacle immobile de cette pesante bâtisse fermée à la lumière et à l’extérieur rappela à Amadis ce qu’il n’appréciait guère. En réalité, moins le château lui-même que la vie qu’il était contraint d’y mener. L’existence s’y révélait particulièrement morne. Dans la pénombre permanente, presque sans jamais mettre un pied à l’extérieur, il fallait trouver de quoi occuper ses journées.

[...]

Le jeune homme s’apprêtait à quitter la fenêtre lorsqu’un mouvement l’y retint. Il se pencha pour mieux observer la silhouette déambulant entre les parterres de plantes aromatiques, malgré la bruine et la fraîcheur du vent d’est.

« Une dame » pensa-t-il.

Ou plus exactement une jeune fille, sans doute d’environ son âge, peut-être un ou deux ans de plus. Il distinguait mal ses traits dans la lumière grise de l’automne. Elle était vêtue de vert, couleur habituellement symbole de folie que seule une jeune personne pouvait se permettre de porter innocemment. Ce qu’Amadis percevait de sa tenue suffisait à deviner sa noble ascendance. La demoiselle portait un chaperon tenu par ce qui semblait de loin être un cercle de perles et dont le voile cachait totalement les cheveux. Son corsage, sous lequel le col montant de la chemise formait un bouillonnement de tissu blanc moins rigide qu’une fraise, était corseté fort sur une taille très fine, et la robe élégamment élargie par un vertugadin ouvrait en devant sur la cotte. Les couleurs vives et unies différaient des riches tissus qu’Amadis voyait portés par les hommes.

Elle dut se sentir observée, car elle leva la tête vers le sommet du donjon. Le jeune homme put alors apprécier sans le discerner précisément un visage en forme de cœur que perçaient d’immenses yeux noirs.»

***

« [|Amadis] s’avança, sentit l’ombre des feuillages se poser sur son visage, le dominer tout entier. Il se savait devenu en cet instant vulnérable, entièrement à la merci du Darlaz si celui-ci décidait de rompre sa promesse. Il ramassa son épée et se mit en garde. Devant lui, Elrène sortit de sous son manteau un estramaçon large, à peine plus court que la rapière, et probablement fort lourd, avec un double tranchant aussi impressionnant que celui d’une hache.

Le Darlaz ouvrit l’échange avec une attaque circulaire qui donnait toute sa force à l’arme pesante.

Avec la rapière, Amadis ne pouvait contrer. Il fallait rompre la garde et frapper en même temps. Il amorça le geste périlleux qui le laissait exposé, comptant sur son allonge supérieure à celle de son adversaire, mais celui-ci, à sa grande surprise, pirouetta habilement en arrière pour éviter l’attaque. Il sauta avec une facilité surprenante, si vif qu’on le voyait à peine. Il rappelait à Amadis cette première fois où il l’avait croisé et non la créature agonisante de la crypte.

Puis, alors même que le jeune homme peinait à le suivre des yeux, il chargea de front, l’épée haute. Amadis ne dut son salut qu’à une vive contremarche, qu’il suivit aussitôt d’une estocade en espérant prendre l’autre de vitesse. La rapière se montrait peut-être de peu de poids face à l’estramaçon, cependant elle permettait une grande précision et des gestes rapides.

Elrène para sans difficulté.

« Il tient toujours son arme un peu haute » remarqua le jeune homme.

Il rusa, attira le mouvement encore plus à la hauteur de la tête, rompit soudain le fer et vint frapper par en dessous. Sa lame sembla se perdre un instant dans les plis brun-vert du manteau. La pluie d’étoiles d’or qu’Amadis espérait ne vint pas. Seul le tissu déchiré marqua sa réussite. Qu’importait : il attestait que son ennemi pouvait se laisser prendre en défaut.

« Je peux le vaincre » pensa Amadis, son ardeur décuplée par cette petite victoire.

D’un moulinet du poignet, il voulut reproduire la manœuvre. Sa lame s’arrêta contre le bras gauche du Darlaz dans un petit choc sourd.

— Tu ne crois quand même pas te jouer de moi deux fois de la même façon ! Je suis capable d’apprendre, sais-tu ?

Il sentit de l’amusement dans la voix d’Elrène et cela l’agaça que ce dernier ne se sentît pas en danger.

— Bien sûr, protesta-t-il, c’est facile avec une targe. Voilà votre honnêteté : je n’ai moi aucune défense de la main gauche.

— Mon garçon, chacun sa façon de se battre. Tu uses d’une arme moderne. Soit. Il se trouve que j’ai appris, moi, à combattre à l’ancienne.

Amadis profita de se discours pour tenter une attaque, espérant son adversaire moins concentré, mais le Darlaz bondit à nouveau, avec cette souplesse surhumaine, pour se poser sur une grosse branche basse aussi aisément que l’eût fait un chat.»

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