Aeternia 1. la marche du prophète, par G. Katz

Publié le par Aurélie Genêt

Aeternia 1. la marche du prophète, par G. Katz

J'ai postulé pour recevoir ce roman lors d'une masse critique Babelio, car le sujet me semblait intéressant. Ne connaissant pas l'auteur (bien qu'il ait déjà reçu le prix des Haliennales et celui des Imaginales - les amateurs de littérature de l'imaginaire sauront ce que ça représente - pour d'autres romans) et n'ayant rien lu, de ce que je m'en souvienne, de cette maison d'édition, je me lançais un peu au hasard, m'en référant au seul résumé succinct accompagnant l'offre de critique.

Voici donc mon avis, présenté, je l'avoue, en toute subjectivité.

Le livre

La première impression est bonne, avec une couverture sombre (l'effet est plus sombre en vrai qu'en photo, peut-être un petit peu trop, d'ailleurs, et un peu confus quand on ne connait pas l'histoire, pour vraiment attirer l’œil au sein d'une multitude d'autres romans. Cependant, la qualité est là) et une certaine sobriété.

Le format est classique, la qualité du papier et de la mise en page tout à fait correcte.

L'histoire

Ce tome 1 semble porter les prémices d'une guerre de religion. En effet, face à face se dressent deux cultes, celui de la Grande Déesse, institutionnalisé, hiérarchisé, établi et celui, idéaliste, tout neuf (ou plutôt ressuscité) d'un dieu porté par un prophète charismatique. Le premier est celui des des bourgeois, des prêtres enrichis par leur fonction, celui de vies déterminées, mais également un culte qui semble en perte de vitesse, qu'on ne pratique plus qu'à la va-vite et qui n'est plus vraiment contraignant. Le second, celui du dieu Hochin, promet que chacun, même le plus humble a un même rôle à jouer et séduit, de fait, le masse populaire et pauvre, mais ne tolère pas l'existence d'autres dieux.

Si les deux prônent officiellement la paix, soufflent pourtant en eux le germe de l'intégrisme, du fanatisme et de l'intolérance. Et les morts se succèdent alors même que personne, à part quelques groupuscules, ne paraît à première vue vraiment les vouloir.

Ces deux religions monothéistes qui cherchent à se détruire mutuellement alors qu'elles sont si proches rappellent plus l'actualité du moment que les thèmes habituels de la fantasy.

Dans ce contexte, Leth Marek, un combattant redoutable mais vieillissant, se retrouve entraîné dans le camp du prophète alors qu'il n'en partage pas la foi. Si la mort violente des siens, tués par les Rédempteurs, des extrémistes du culte de la Déesse, l'y a poussé, c'est l'amour pour une jeune prêtresse de Hochin qui l'y garde. Le groupe pitoyable mais nombreux et plein d'espoir de petites gens qui entourent le prophète s'approche de la cité de Kyrenia où se trouve le temple de la grande Déesse, avec l'intention de s'en emparer et d'en faire disparaître le culte établi.

A Kyrenia, Varian, une jeune prêtre plain d'ambition qui vient d'arriver, découvre les dessous peu reluisant du temple, les guerres de pouvoir et les intrigues dans cette cité où le commerce, les banques et l'argent l'emportent sur le spirituel.

Avis et commentaires

Pourquoi, mais pourquoi les personnages et les lieux en littérature de l'imaginaire comportent-ils toujours autant de y, h, k ou voyelles liées?

Cela étant dit, passons aux choses sérieuses. Tout d'abord, je ne vais pas le cacher, si ce roman n'est pas tout à fait un coup de cœur, il reste cependant une très agréable surprise. Les quatrièmes de couvertures en imaginaire me tentent toujours beaucoup, mais, à part pour le Seigneur des Anneaux, j'ai toujours été très déçue par la fantasy anglo-saxonne. Je n'ai souvent achevé mes lectures que très laborieusement parce qu'une critique à faire m'y contraignait, j'ai abandonné avant la fin du premier tome le reste du temps. Bref, si les thèmes semblent au départ me parler, je n'y trouve pas ce que je cherche et je m'y ennuie quasiment toujours.

Ce n'est pas le cas ici puisque j'ai lu ce roman en deux jours seulement (il est vrai que, pour de la fantasy, il est relativement court. Mais ce n'est pas forcément un défaut), et que je lirais très volontiers la suite.

Dans les points forts, on trouve déjà bien sûr ce thème. Si le traitement des religions est plutôt classique (parce qu'il ressemble fort à ce que sont réellement les cultes monothéistes «modernes»), le fait de le placer dans un monde imaginaire permet de ne pas se restreindre de peur de blesser, de pousser même plus loin, voire de montrer le plus sombre. Et puis, c'est rare en fantasy où les religions, souvent polythéistes, restent secondaires par rapport à l'intrigue.

Le traitement de cette confrontation, entre les ambitions de chacun et la manipulation des croyants est à la fois assez subtil et assez simple pour être suivi facilement sans se perdre dans des machinations sans queue ni tête.

Les personnages sont bien campés, qu'on les aime ou pas, peut-être un peu trop poussés dans leurs caractéristiques, mais ce n'est gênant en rien. Ils sont vivants, et des détails, comme la présence d'un inutile petit chien, renforcent le sentiment de réalité.

Les éléments de l'intrigue s'enchaînent bien, sans incohérences notables. On dévore donc rapidement cette histoire tout en sachant que, puisqu'il s'agit d'un tome 1, on la finira sur une inévitable frustration puisque le fin mot ne sera pas pour tout de suite.

Un autre élément que j'ai apprécié, bien qu'il soit tout personnel, est l'absence de magie. Il y a bien, vers la fin du livre, une évocation de nécromancien, et puis cette mythique Aeternia, mais rien ne prouve, justement, que ce ne soit pas qu'un mythe. Quoique...

Cela m'a fait très plaisir, ce monde à la fois imaginaire et réaliste quand d'aucuns prétendent la magie nécessaire obligatoirement dès le début dans une œuvre de fantasy (une conception restreinte du genre que je ne partage pas).

limites

J'appelle ici «limites» les éléments qui font que, quoique ayant apprécié ce roman, il ne passe pas en franc coup de cœur. Bien entendu, c'est purement subjectif et ceux qui n'auront pas les mêmes goûts que moi, verront peut-être dans ces «défauts» des qualités.

*Le début: si je n'ai jamais été tentée d'abandonner la lecture d'Aeternia, le début pourtant aurait pu me pousser à ne pas le lire si je l'avais survolé en librairie. Le titre, d'abord, très «fantasy» classique, avec ce nom inconnu qu'on ne sait pas trop comment prononcer avec son «ae». Puis l'ouverture sur une combat de «gladiateurs» dans une arène. Je me suis dit «zut, encore un truc plein de grosses brutes gonflées à la testostérone qui ne pensent qu'à se battre avec les plus grosses armes possibles. Encore un pitch d'apparence intéressant, mais finalement une intrigue qui s'effacera sous le tout-action.» Alors qu'en réalité, l'intrigue est justement le gros point fort et l'aspect le plus important du roman qui, s'il est dynamique, ne nous impose pas non plus des combats titanesques à toutes les pages. D'ailleurs

ATTENTION, SPOILER:

la «grosse bataille» qui semble devoir clore le tome dans l'apothéose de combats souvent observé en fantasy n'a pas lieu. Tout est en place, les armées, les personnages, ils mettent des pages à se préparer et... elle est évitée au dernier moment de façon habile et diplomatique. J'ai beaucoup apprécié.

Dommage, donc, que le roman ne s'ouvre pas sur, par exemple, un prologue autour du Temple, laissant apercevoir quelque important enjeu ou l'existence d'intrigues et de luttes de pouvoir. Bref, un titre et un début de premier chapitre qui ne montrent pas assez l'originalité et la richesse de ce roman.

*Le contexte: il y a pour moi un manque de descriptions qui m'empêche de m'immerger pleinement dans ce monde que je trouve difficile à concevoir. Si les phases d'action sont bien menées et que l'on s'y plonge facilement, si les personnages, en quelques lignes, sont bien campés, il n'en est pas de même du décor qui passe un peu à la trappe. Or, le fait que l'histoire se passe hors de tout cadre historique nécessiterait des descriptions, sans être forcément longues, mais approfondies. Car comment est un monde qui mêle des combats de gladiateurs à l'antique, des armes (comme l'épée bâtarde) médiévales, et des éléments très modernes comme par exemple l'établissement bancaire?

Liée à cet aspect, je trouve un certaine incohérence du mode de pensée. Certains éléments sociaux sont médiévaux, d'autres très modernes. Est-il possible qu'une société accorde si peu d'importance à l'individu que des gladiateurs se tuent pour un public aisé et que dans le même temps, la femme dudit gladiateur le quitte tout simplement avec ses fils parce qu'elle l'a surpris avec une fille? Si encore c'était dans deux classes sociales distinctes, mais non, c'est le même personnage.

Il y a plusieurs petits éléments de ce genre. J'avoue, ce sont des détails, et quand on se laisse prendre par l'histoire, on n'y fait pas attention. De plus, ça ne gêne en rien le déroulement de l'intrigue et la cohérence globale. Mais je tenais quand même à le souligner.

Il manque également l'aspect technologique de la vie de tous les jours. Les gens voyagent en charrette, à cheval ou à pied. Pour le reste, c'est très peu détaillé. Un flou que certains lecteurs apprécieront sans doute, mais qui, pour moi, est plutôt un manque.

*Le style: je dois dire à regret que le style m'a déçu. Non qu'il soit mauvais. Il se lit bien, il est simple, sans aspect laborieux ni erreurs syntaxiques. Mais - il faut bien un petit - de la part d'un auteur aguerri, qu'on présente comme nègre de plusieurs auteurs reconnus, j'attendais autre chose. S'il écrit pour d'autres, cela signifie, je suppose, qu'il sait s'adapter à ceux-ci, modifier sa façon d'écrire. Alors quel dommage pour ses propres œuvres de faire quelque chose de tout-venant, si ordinaire. Voilà ce que je lui reprocherais: non d'être mauvais, mais de ne pas avoir de «patte». Quand j'ouvre un livre, j'aime pouvoir reconnaître l'auteur en quelques lignes. Là, je ne pense pas que cela sera le cas.

La langue employée est moderne, dans le sens où c'est la langue de tout le monde, sans particularité littéraire. Le vocabulaire est celui d'aujourd'hui, au point de trouver, dans le premier chapitre, un très vilain «challenger». Terme qui m'a assez agressivement sauté aux yeux. Dans un combat d'arène, dans un monde qui ne bénéficie pas de technologie moderne, cela m'a paru particulièrement déplacé.

Pour finir

Malgré quelques petits reproches, je me suis laissée prendre à cette histoire et l'auteur a bien réussi son coup puisque, si j'ai eu ce volume gratuitement pour en faire une critique, j'attends maintenant la sortie du second tome, très curieuse de savoir comment tout cela va évoluer. Le tome 1 finit sur un joli coup de théâtre qui bouleverse tout en quelques pages pour s'achever brutalement. En réalité, c'eût été inutile, l'hameçon était déjà bien fiché, et j'aurais voulu poursuivre même sans cela. Quant au coup de théâtre lui-même, on se doutait un peu de quelque chose de ce genre. Pas forcément cela, mais on sentait quand même qu'il y avait anguille sous roche, peut-être simplement parce que l'on est malheureusement habitué à ce que les intégristes religieux de tout poil cherchent rarement à faire progresser leur culte par la paix. Je n'en dis pas plus, pour ne pas trop en dévoiler.

À Leth Malek, le principal héros de ce tome, un peu brute, guerrier sans commune mesure, pétri malgré cela par les belles valeurs et l'honnêteté, un peu trop «bon barbare» donc à mon goût, j'ai préféré le jeune prêtre Varian qui découvre les arcanes du temple et se retrouve partagé entre foi, amour et ambition. Lui, me semble-t-il, peut encore évoluer dans n'importe quel sens (même s'il devient un peu trop héroïque à la fin) et en cela, il est fort intéressant.

Conclusion

En conclusion, donc, un roman imaginaire agréable, rapide à lire et bien réalisé, avec une vraie intrigue originale et bien ficelée, que je recommande pour un agréable moment de lecture.

Et moi, il ne me reste plus qu'à attendre le tome 2...

Commenter cet article