Les Trois Mousquetaires ( Alexandre Dumas ) part.1

Publié le par Aurélie Genêt

Les Trois Mousquetaires ( Alexandre Dumas ) part.1

Je ne peux décemment pas avoir une rubrique appelée « coup de cœur » sans évoquer le roman qui m’a fait découvrir le XVIIè siècle et fait naître mon intérêt pour lui : les Trois Mousquetaires, d’Alexandre DUMAS (et d’Auguste MAQUET, ne l’oublions pas celui-là. Il n’est pas impossible qu’il en ait fait beaucoup plus que Dumas quant à l’écriture de ce roman).

Je l’ai lu à 10 ans pour la première fois (et pas la dernière), c’était l’un de mes premiers « livres de grand ».

Rappelons grossièrement l’histoire pour les (rares) lecteurs qui ne la connaîtraient pas ou qui en auraient oublié la vraie teneur pour avoir trop regardé de douteuses adaptations hollywoodiennes.

Je vais séparer en deux parties, car l’intrigue peut vraiment être coupée en deux. Il faut d’ailleurs remarquer que seule la première est vraiment connue.

Dans mon second article, je raconterai la seconde partie du roman et surtout mes remarques et analyses de l’ensemble.

C’est l’histoire d’un jeune Gascon, D’Artagnan, de petite noblesse de province, qui « monte » à Paris avec l’ambition de devenir mousquetaire du roi, c'est-à-dire appartenir à un corps d’élite de l’armée.

Notre jeune homme a 18 ou 19 ans au début de l’histoire, c’est la fin des années 20 (1600, bien sûr), et comme il est aussi naïf que bagarreur, son tout premier exploit, avant même d’arriver à Paris, est de se faire un mystérieux ennemi. Ce dernier s’avèrera plus tard être le comte de Rochefort, un agent de Richelieu, que D’Artagnan croisera et recroisera à diverses occasions.

Arrivé à Paris, D’Artagnan, toujours aussi irréfléchi (j’aurais même tendance à dire vaguement stupide. Même à 10 ans, sa pseudo-fougue m’agaçait et je trouvais agaçante sa façon de foncer d’abord sans rien préparer. Heureusement, l’auteur est là pour le faire sortir avec brio des situations difficiles où il se jette tout seul), se retrouve avec trois duels avec des mousquetaires sur les bras. Coup de chance (ou joli deus ex machina) : alors que le corps des mousquetaires compte plusieurs centaines d’hommes, les trois duels sont contre trois mousquetaires exceptionnels et très amis, les fameux Athos, Porthos et Aramis (d’où le titre de Trois mousquetaires, D’Artagnan ne l’étant pas). Le duel n’a pas lieu, des gardes du cardinal intervenant pour les arrêter.

Les Trois Mousquetaires ( Alexandre Dumas ) part.1

Petite parenthèse historique : à cette époque, les duels sont interdits par édit depuis peu. Contrevenir à cette interdiction, c’est la peine de mort. Cela passe, dans le roman, presque comme un abus de pouvoir du « méchant » Richelieu. N’oublions pas qu’en réalité, ce fut Louis XIII le plus sévère quant à l’application de cette interdiction et que, si le duel était interdit, c’était tout simplement parce que des milliers de jeunes nobles se tuaient bêtement comme ça, pour un honneur un peu trop chatouilleux. L’interdiction des duels étaient devenue quasiment obligatoire pour empêcher la jeune noblesse française de se décimer elle-même. Rappelons également que Richelieu avait perdu son frère aîné de la sorte. On comprendra que cela le touche personnellement et que ce n’est nullement une privation de liberté excessive.

Quoiqu’il en soit, dans le roman, les gardes du cardinal passent pour les méchants (quand ils ne font que faire la police), et se font donc occire dans les règles par nos courageux mousquetaires épris de liberté, auxquels D’Artagnan se joint pour l’occasion (quand on y pense, c’est un peu comme si on chantait les louange des délinquants qui caillassent la police parce qu’elle vient déranger leurs petites affaires). Bref, voilà les quatre larrons amis à la vie à la mort après ce valeureux combat.

D’Artagnan, après avoir pris un valet, Planchet (chaque mousquetaire à le sien qui correspond à son caractère et ajoute un côté « comique »), est logé chez un petit bourgeois, M. Bonacieux, dont l’épouse, Constance, travaille au Louvre près de la reine. D’Artagnan en tombe amoureux, c’est réciproque (à l’occasion, on remarque combien notre époque en théorie plus libre et moins censurée est au contraire bien plus puritaine qu’alors. En tout cas pour les adaptations ciné qui nous viennent d’Amérique puisque, à part pour les films les plus anciens, Constance n’est jamais une femme mariée, mais la nièce ou la fille de Bonacieux. Dumas, lui, ne s’encombre guère de cette morale et, dans le livre, la cour que lui fait D’Artagnan paraît normale voire légitime sous prétexte que Bonacieux est un lâche qui accepte de renseigner le cardinal. En même temps, avait-il le choix, ce simple commerçant, voulait vivre ? Au fur et à mesure du roman, on remarque que la morale en est souvent très douteuse, mais qu’en tant que lecteur, emporté par le rythme, l’aventure et l’humour, on ne s’en aperçoit même pas, et que le fait que D’Artagnan soit le héros, semble légitimer tous ses agissements, même les plus douteux), et se retrouve ainsi impliqué dans une affaire politique :

Le duc de Buckingham, favori du roi d’Angleterre (équivalent de premier ministre) est secrètement en France, attiré par une fausse lettre d’Anne d’Autriche (la reine) dont il est épris. C’est une manigance de Richelieu pour piéger la reine qu’il souhaite écarter. On a droit ici à un passage, il faut le dire, très « eau de rose » et assez long dans la déclaration de Buckingham à la reine qui ne sonne pas toujours très juste (la façon de parler et d’utiliser les titres ne correspond pas au XVIIè. C’est une vision romantique a posteriori). La reine offre au duc des ferrets de diamant (au passage, des ferrets sont des embouts métalliques que l’on place à l’extrémité d’un lacet ou éventuellement d’un ruban – à une époque où l’on attachait les habits avec des lacets plutôt que des boutons, c’était donc fréquent. Ils peuvent être décorés pour servir de bijoux, à la façon de boutons de manchette par exemple. Ils sont utiles à tous dans l’habillement, ce qui en fait des bijoux portés aussi bien par les hommes que par les femmes, d’où l’intérêt de ce cadeau de la part de la reine. Cela n’a rien à voir avec un collier. Ce qui prouve que 1/ les réalisateurs hollywoodiens ignorent ce qu’est un ferret, 2/ les dictionnaires ne doivent pas exister aux Etats-Unis, 3/ quand ils ne savent pas un truc, au lieu de se renseigner, ils inventent. Et ceux qui font les adaptations suivantes, les copient bêtement sans chercher à comprendre ou relire l’ouvrage original). Pour « perdre » la reine, Richelieu pousse le roi à organiser un bal où Anne devra porter ces fameux ferrets (qu’elle n’a plus) et envoie un de ses agents, la perfide Milady de Winter, en Angleterre voler deux ferrets au duc et les ramener pour prouver à Louis XIII la tromperie de sa femme.

D’Artagnan et ses trois amis partent aussitôt pour l’Angleterre pour récupérer les bijoux à temps pour le bal (parce que Richelieu se montrant un vrai méchant de roman, il laisse du temps à ses ennemis pour contrecarrer ses plans. Il aurait conseillé au roi de faire porter à sa femme les ferrets le soir même, elle était coincée). Après moult combats, les trois mousquetaires doivent l’un après l’autre s’arrêter en chemin pour permettre à D’Artagnan de continuer. Mais les ports pour l’Angleterre sont fermés et D’Artagnan, pour voler un laissez passer se bat contre un jeune homme qu’il ne connaît pas et qu’il laisse pour mort (comme c’est un héros, il le plaint bien un peu, il n’empêche que ça ne le fait pas hésiter une seconde. Au passage, je précise que ce jeune homme est l’amant de Milady et que D’Artagnan, profitant de la situation à un moment du roman – j’avoue que je ne me souviens plus trop quand – se fait passer pour lui auprès de la jeune femme à la faveur de l’obscurité pour passer la nuit avec elle. Quel héros admirable et quelles belles valeurs il véhicule ! Mais comme c’est le héros et elle la « méchante », quand elle s’en rend compte, furieuse – on le serait à moins –, et veut le tuer, c’est encore à lui que l’auteur donne le beau rôle. Je reviendrai dans la seconde partie sur l’image des femmes dans ce roman).

D’Artagnan récupère donc les ferrets, mais Milady en a déjà subtilisé deux. Qu’à cela ne tienne : Buckingham fait fermer les ports d’Angleterre, fait refaire à l’identique les ferrets manquants, et notre héros repart à bride abattue pour le Louvre. En chemin, il retrouve ses trois compagnons dans des situations aussi diverses qu’originales et parfois grotesques (je détaillerai ce point dans la seconde partie). Il arrive juuuste à temps pour le bal. L’honneur d’Anne d’Autriche est sauf ; Richelieu, qui avait déjà montré les deux ferrets en sa possession au roi n’a plus qu’à prétendre que c’était une façon détournée pour lui de faire accepter un cadeau à la reine. Et tout est bien qui finit bien… enfin, en apparence, parce que la suite arrive et elle est moins flamboyante.

il faut reconnaître qu'il a la tête pour jouer les méchants machiavéliques

il faut reconnaître qu'il a la tête pour jouer les méchants machiavéliques

La réalité historique sur l’affaire des ferrets :

On entend souvent dire qu’Alexandre Dumas ne respecte aucune réalité historique et ne s’est inspiré pour son roman que d’un seul ouvrage, les Mémoires de D’Artagnan, qui se trouvent être de faux mémoires, car pas écrits par le vrai D’Artagnan, Charles de Batz. De plus, comme l’intrigue des trois mousquetaires a lieu autour de 1628, D’Artagnan, né entre 1611 et 1615 ne pourrait y avoir participé. Idem pour Athos, Porthos et Aramis, inspirés de personnages vrais, mais n’ayant pas servi ensemble et pas à la même période.

Sauf que Dumas, même s’il a fait (sans doute volontairement dans ce cas, mais aussi probablement involontairement pour certains détails) de grosses entorses avec l’histoire, n’est finalement pas si éloigné que ça de la réalité, au du moins, de l’ambiance d’époque, et ses sources sont clairement ailleurs que dans ces seules mémoires.

Avant de parler des ferrets, il faut préciser la situation historique et l’éventuelle réalité d’une histoire d’amour entre Anne d’Autriche et Buckingham. Anne d’Autriche est née en 1601, marié à Louis XIII en 1615, il n’y aura jamais d’amour entre eux et elle n’est guère heureuse. Le fait qu’elle n’arrive pas à avoir d’enfant (mais il semble que Louis XIII ne soit guère assidu pour remédier à cela) augmente les difficultés dans son couple.

Contrairement à ce que laisse entendre le roman, Richelieu ne la déteste pas et n’essaie pas de l’écarter. Il tente même à plusieurs reprises de lui plaire. C’est un homme avisé et calculateur, certes, mais ce qu’il fait, il le fait toujours avec le souci de servir la France et avec respect pour Louis XIII qui reste seul décisionnaire. Louis XIII le respecte beaucoup en retour, il n’y a pas de rivalité entre eux. Richelieu sert le pouvoir royal et n’essaie pas de prendre une place qui n’est pas la sienne.

Les Trois Mousquetaires ( Alexandre Dumas ) part.1

George Villiers, duc de Buckingham, né en 1592, est considéré comme un des plus beaux hommes de son temps. Issu de toute petite noblesse pauvre, il doit son statut de favori tout puissant uniquement au goût très prononcé du roi Jacques Ier pour les beaux garçons. Il reste ensuite le favori du fils de Jacques, Charles Ier, avec lequel il est très ami. À l’époque de l’intrigue du roman, il est marié, père de famille, et montre beaucoup d’affection pour sa famille (absente des Trois mousquetaires), mais il est vrai qu’il passe pour un séducteur.

Anne et lui se rencontrent alors qu’il vient en France pour chercher la sœur de Louis XIII qui doit épouser Charles Ier. Tous les deux s’entendent bien et discutent ensemble, mais du fait du protocole, ne sont jamais seuls. Il y a cependant une anecdote qui semble véridique, car rapportée par différentes sources (évoquée succinctement dans le roman). À Amiens, alors que les Anglais repartent et qu’une partie de la cour française les accompagne, lors d’une promenade dans les jardins, la duchesse de Chevreuse, une intrigante et amie de la reine et son amant du moment, le comte de Holland, un Anglais, s’arrangent pour que la reine et le duc se retrouvent seuls. Cela ne dure qu’un court instant, la reine crie, on se précipite, on la trouve fort défaite (émue…). Voilà qui autorise toutes les médisances. Les interprétations plus ou moins osées ne manquent pas, je vous laisse imaginer. Elles n’ont rien à envier aux ragots des journaux people d’aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, rien n’est sûr. Ce qui l’est plus, par contre, c’est qu’une fois les deux délégations séparées, Buckingham repart, seul, sur ses pas, entre chez Anne d’Autriche, et devant ses suivantes et tous ceux qui sont là (la reine n’est jamais seule), lui fait à genoux une déclaration enflammée. On comprend qu’après cela, Louis XIII ne souhaite pas le voir remettre les pieds en France. Cette anecdote est cependant grossie en France, car on remarque que dans les biographies anglaises du duc, il en est à peine (et pas toujours) fait mention, alors que dans les biographies françaises, cet épisode est décrit en long en large et en travers comme si c’était le fait le plus important de sa vie (un effet des Trois mousquetaires et de l’idée romantique que, suite à ce roman, le duc peut représenter pour nous alors qu’il était très mal aimé dans son pays ?).

Quoi qu’il en soit, suite aux rumeurs dues à ces événements, il se raconta très vite l’histoire suivante : le duc serait revenu en secret en France pour revoir Anne qui lui aurait offert des ferrets en gage. Une ex-maîtresse de Buckingham, la comtesse de Carlisle, jalouse, aurait profité d’un bal où il portait les bijoux pour couper deux ferrets avec l’intention les envoyer en France au cardinal de Richelieu. Buckingham, s’en apercevant, aurait alors fait fermer les ports, refaire les deux ferrets manquants et renvoyer le tout en France pour ne pas risquer la réputation de la reine.

Pas de D’Artagnan ni de trois mousquetaires, mais pour le reste, ça ne vous rappelle rien ? Oui, c’est exactement l’intrigue principale de la première partie du roman de Dumas ! Il n’a rien inventé. Il faut préciser que cette histoire était racontée du vivant d’Anne d’Autriche qui, paraît-il, laissait dire et appréciait même assez cette célébration de sa jeunesse passée (il faut dire qu’elle ne risquait plus grand-chose, les autres protagonistes étant tous morts précocement). On trouve d’ailleurs cette histoire racontée dans les Mémoires de la Rochefoucauld (publié en 1662 !).

Ainsi, on voit que, contrairement aux médisances, Dumas ne s’est pas contenté des mémoires de D’Artagnan, et ceux qui prétendent cela sans citer les Mémoires de la Rochefoucauld (ou les Historiettes de Tallemand des Réaux qui conte avec quelques détails croustillants probablement inventés de toutes pièces l’anecdote des jardins d’Amiens) sont en réalité les premiers à manquer de culture historique sur le sujet. Je suis toujours surprise de ne jamais voir évoquer La Rochefoucauld quand on parle de l’intrigue des Trois Mousquetaires, alors que cette dernière est, sans contestation possible, un copier-coller d’une rumeur d’époque.

La suite bientôt ;)
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