Héros ou personnage principal

Publié le par Aurélie Genêt

Les avis sur mes romans, les critiques lues ici et là sur d'autres ouvrages, les discussions sur les forums d'écriture, tout cela m'a poussée à m'interroger sur le héros, sa place dans un roman, son côté indispensable ou non. Peut-être suis-je naïve, mais j'ai fait des découvertes (notamment en remarquant qu'entre ce que les lecteurs disent aimer et ce qu'ils aiment vraiment, il y a parfois une belle marge)

Qu'est-ce qu'un héros?

Tout d'abord, il convient de définir cette notion. Souvent, on confond "héros" et "personnage principal", tant, dans la plupart des romans, le personnages principal est par essence un héros. Mais ce n'est pas toujours vrai.

Le personnage principal est aisé à définir: c'est celui qui occupe le centre de l'histoire, pour faire simple, celui auquel on s'intéresse la majorité du temps. Il n'est pas forcément un héros. Par contre, même s'il ne l'est pas, d'autres personnages, secondaires ceux-là, peuvent très bien être, au contraire, de vrais héros.

Le héros doit de définir en opposition avec l'anti-héros. On croit souvent à tort, à l'heure actuelle, que l'anti-héros est un personnage nécessairement négatif, une sorte de reflet sombre d'un héros. Il n'en est rien. L'anti-héros est seulement un personnage ne présentant pas les caractéristique d'un héros, en somme un être ordinaire. Il n'a pas la force de s'élever au-dessus du commun. Il nous ressemble. Il n'est pas plus mauvais qu'un autre homme, il est juste bêtement ordinaire. C'est un personnage présent surtout à partir du XIXè s. et des mouvements réaliste puis naturaliste, qui portent un regard sans concession et désabusé sur l'Homme.

Le héros, lui, vient du héros antique. C'est un être extraordinaire au sens littéral, un surhomme avec des capacités que les autres ne possèdent pas. Il a un but élevé, des valeurs auxquelles il ne déroge pas, à l'origine des valeurs positives (en tout cas positives pour la société qui crée ces héros), c'est-a-dire avant tout guerrières, d'honneur, de courage et de fidélité (à son "maître" -roi, chef,...- , à ses compagnons d'armes, à sa patrie...).

Plus tard, le héros évolue un peu. On passera sur le cas des super-héros à l'américaine (si on y réfléchit, bien que le terme de héros soit galvaudé, super-héros équivaut à "super surhomme", ou "comment surenchérir encore et toujours"). De cette évolution, il gagne en humanité: il n'est plus un surhomme au sens premier, capable de défaire une armée de soldats quelconques à lui seul, voire de s'attaquer aux dieux. Ce n'est plus forcément un combattant, il n'est pas physiquement plus fort que tout le monde, il a des failles, des points faibles. Il peut commettre des erreurs, les reconnaître, faiblir par amour... Cependant, il reste au-dessus du lot. Notamment et avant tout par son respect de certaines valeurs. Il a un but, il est actif, il prend en main son propre destin. Un héros n'est jamais le jouet d'autrui, il est son seul maître (fût-il un esclave dans l'intrigue). De plus, il se surpasse. S'il avait des peurs, des faiblesses, il arrive à les vaincre pour accomplir son rôle ou son but.

Le personnage peut être négatif et rester un héros. Un génie du Mal est un génie, pas un homme ordinaire. Il a des valeurs et s’y tient, fussent-elles des valeurs contraires à la morale. Il a sa propre éthique et son objectif qui l’élèvent (même si c’est dans le Mal). On ne peut pas plus « héros » que ça.

Aujourd'hui

Actuellement cohabitent des genres littéraires très différents. La production romanesque n'a jamais été aussi riche. Alors, certaines œuvres parlent de personnages paumés, incapables de se relever, de pitoyables anti-héros, êtres idéaux pour décrire une société qui va mal ou la critiquer. D'autres nous montrent des gens normaux, mais qui se dépassent dans leur vie ordinaire, semblables à ceux que les journaux appellent pompeusement des "héros du quotidien". Ce qu'ils font n'a rien de très grand, mais c'est une petite lumière, un espoir, un regard optimiste.

Et puis, il y a ceux qui veulent du grand, du vrai héros qui part sauver le monde l'épée à la main. Il semblerait qu'il y ait, notamment avec la fantasy, un regain d'intérêt pour ce héros-là.

Le héros, indispensable personnage principal?

En réalité, j'ai pu constater que ce sur point, la fantasy (je parle uniquement de ce dont j'ai l'expérience) est assez rigide. En effet, j'ai pris le risque, pour ma part, d'utiliser comme personnage principal, un anti-héros, c'est à dire une personne normale confrontée à des situations qui le sont nettement moins. Pourquoi?

L’Histoire montre que dans le genre humain, même dans des situations très fortes (guerres…), la majorité ne se trouve ni dans les héros, ni dans les salauds. La majorité est passive. Elle attend en se faisant toute petite, en se plaignant, en maugréant contre l’autorité mais sans oser se dresser ouvertement contre elle, en essayant simplement de vivre sa petite vie tranquille le mieux possible (je ne critique pas, j’ignore absolument où je me situerais en situation exceptionnelle). C’est normal, il en va ainsi de la majorité des espèces sociables, c’est justement indispensable à la société quand tout marche bien. Et c’est encore plus vrai dans les civilisations d’ancien régime (comme ça l’est encore dans certaines sociétés d’aujourd’hui) où le déterminisme est très fort parce que l’ordre social est immuable, et où donc la fatalité - et avec elle la passivité - l’emportent).

Dans bien des histoires (c’est encore plus flagrant dans les romans jeunesse où les héros sont des enfants ou des adolescents, mais quand même étrangement plus doués que tous les adultes autour d’eux), on nous présente un personnage soi-disant « normal » voire « banal », et par un coup de baguette magique de l’auteur, en deux temps, trois mouvements, le voilà plein de valeurs (que pourtant personne ne lui a enseignées enfant), meilleur combattant que tout le monde, ou plus intelligent, ou plus ci ou ça.

Le plus flagrant apparaît lorsque l'on se penche sur les contes ou les mythes : on a souvent des princes ou princesses, mais élevés dans un autre milieu, et les voilà, une fois ayant vaincu le Mal, qui reprennent leur rang ou montent sur le trône, sans aucune formation, sans avoir la moindre parcelle d’éducation politique, sociale, économique ou militaire. Et ils y arrivent ! Cela s’explique par l’époque où ces contes ont été écrits, époque d’ancien régime et de déterminisme : ils sont nés nobles et cette noblesse s’exprime « naturellement ». Mais on retrouve le principe en fantasy moderne.

Personnellement, je me suis toujours imaginé ce qui se passerait après, une fois le prince élevé par des loups, par des paysans… sur le trône. À mon avis, non seulement toute la cour devrait être pliée de rire quand il ouvre la bouche, mais il devrait avoir du mal à se faire respecter. Comme il n’y connait rien en économie, il mènerait son royaume à la ruine, comme il n’y connait rien en politique, il y aurait des troubles voire des révoltes, comme il n’y connait rien en diplomatie ou en art militaire, ses terres seraient vite envahies par les voisins saisissant l’aubaine.

J’ai donc voulu prendre ce genre de situation, plutôt classique d'un prince bâtard élevé à la campagne et arrivant dans une cour royale, pour voir ce qui se passerait si, au lieu de se muer immédiatement en héros, le personnage principal restait tout simplement un adolescent normal. J'ai pu constater avec une grande surprise que cela m'était parfois reproché, notamment par des lecteurs assidus de fantasy et lisant peu d'autres genres. Je pense que c'est simplement parce qu'ils ne s'attendaient pas à ça. Par définition, en fantasy, il y a un héros (je dirais même: le personnage principal est un héros. Car même si les personnages secondaires peuvent l'être, cela ne suffit pas). Donc, alors même que la plupart des lecteurs s'insurgent contre les clichés, on remarque un attachement à celui qui est peut-être le premier de tous les clichés: dans une roman type "aventure": il faut un héros, un vrai. Et de justifier pour ceux qui défendent cette situation: "sinon, le lecteur ne s'identifie pas". Personnellement, j'ai beaucoup plus de mal à m'identifier à Superman ou à Conan, ne serait-ce que parce, personne ordinaire, je ne risque pas de me retrouver dans leur situation. Je fais partie de ceux qui sont d'avis que l'on peut aimer un personnage et ses aventures sans s'identifier nécessairement à lui.

Alors, à la question: le personnage principal doit-il être nécessairement un héros? Je ne saurais répondre pour tous. Pour moi, non, il peut être aussi riche, voire bien plus riche et profond en étant un être "normal" plutôt qu'un surhomme.

Et vous qu'en pensez-vous? Je vous laisse méditer ;)

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