Les A.T., miroir aux alouettes?

Publié le par Aurélie Genêt

Qu'est-ce qu'un A.T.?

Ceux qui ne se sont jamais trop intéressés au domaine de l'écriture ignorent probablement ce qu'est un A.T. Que se cache-t-il sous cet acronyme?

Un A.T. est en réalité un Appel à Textes, l'expression à la mode pour ce que d'aucuns appelleront tout simplement un concours de nouvelles.

Tapez ces quelques mots sur un moteur de recherche et vous serez surpris du très grand nombre d'A.T. en cours, principalement en SFFF (encore un acronyme, eh oui. Celui-ci résume à lui seul les genres de la littérature dite "de l'imaginaire" - nous en reparlerons - à savoir Science-Fiction, Fantastique, Fantasy).

Si les A.T. refusent la dénomination "concours", c'est parce qu'il n'y a pas de gagnant. Enfin, pas tout à fait. L'A.T. est souvent lancé en vue de faire un revue ou un recueil, que ce soit numérique ou papier. Dans ce recueil est donc prévu une certaine place pour un certain nombre de nouvelles, pas plus, pas moins. Le comité de lecture, l'éditeur ou qui que ce soit qui ait lancé l'A.T. va donc sélectionné parmi les envois le nombre de nouvelles dont il a besoin. Mais il ne va pas les classer en 1ère place, 2ème, etc.

Comment ça fonctionne?

Quand vous voulez participer à un A.T., soit vous avez déjà votre nouvelle toute prête et vous essayez de trouver un A.T. qui corresponde au sujet (je déconseille. Cela nécessite souvent trop de changements et risque de faire "bricolage"), soit vous sélectionnez un sujet qui vous plaît, vous inspire et vous vous lancez.

Certains A.T. ont des thèmes très très larges, d'autres sont très précis. Le plus difficile étant de lire entre les mots pour comprendre ce qui est vraiment attendu. J'ai déjà eu la surprise de participer à un A.T. qui demandait de traiter le sujet de façon originale et inhabituelle pour voir qu'en fin de compte, tous les textes sélectionnés étaient totalement clichés. Il est donc préférable de connaître l'éditeur et ses goûts, ou au moins de lire ce qu'il publie d'habitude pour ne pas tomber complètement à côté.

Il faut aussi tenir compte des obligations de mise en page, parfois très astreignantes. Sachez que maintenant que les manuscrits, contrairement à ce que signifie leur nom, sont tapés au traitement de texte, certains éditeurs ont la fâcheuse tendance d'attendre des auteurs qu'ils fassent eux-mêmes tout le travail de mise en page. De toute façon, sur ce point, on vous en demandera toujours un minimum, même pour les moins exigeants.

Il faut savoir aussi que, même si votre texte est retenu, il y aura aussi ensuite un vrai travail d'édition, comme sur un roman. Votre écrit va être décortiqué, critiqué. On va vous demander des changements, certains qui apporteront un indéniable mieux, d'autres où vous vous demanderez "mais pourquoi diable veut-il changer ce mot par cet autre qui veut dire strictement la même chose?". Il vous faudra donc une certaine ouverture d'esprit et accepter des compromis. Cependant, la discussion est aussi enrichissante et permet à l'auteur de voir des choses qu'il aurait ignorées sinon.

Promesses et déboires

Qu'y a-t-il à gagner lorsque l'on est sélectionné lors d'un A.T.?

Passée l'explosion de joie à l'idée d'être enfin publié, la réponse vous apparaît, cruelle: rien.

Ou si peu. Déjà, la majorité des A.T. débouchent sur des publications uniquement numériques. Aucune chance de tenir un jour entre votre chef-d'oeuvre entre vos petites mains tremblantes d'émotion ou de lire l'ouvrage devant vos amis en laissant ostensiblement voir votre nom sur la couverture.

Et financièrement? Ah, ah, ah... Ce sera en gros la réponse si vous posez la question. Parce que oui, sachez apprentis écrivains, que c'est déjà un grand honneur que d'être publié, il ne manquerait plus que vouloir gagner quelque chose avec ça. Quel manque de reconnaissance envers celui qui vous a choisi!

Je plaisante, et je suis pour ma part tombée sur des gens très sérieux (et d'autres aussi, mais j'y viendrai), mais pour certains ce n'est pas loin de la vérité. En effet, souvent la récompense se limite à la publication sans aucune contre-partie pécuniaire des longues heures où vous avez sué sang et eau sur votre nouvelle. Mais parfois, ça arrive, vous aurez des droits d'auteur. J'aime autant prévenir, ça ne fait pas grand chose. Parce qu'un auteur ne touche déjà qu'entre 8 et 12% (des chanceux ceux-là) du prix hors taxe sur un roman. Quand il y a plusieurs nouvelles, vous divisez encore ça par le nombre d'auteurs. Au final, mieux vaut ne pas compter ce qu'il vous reste, ce serait trop décourageant. Est-ce pour autant la faute des éditeurs? Non, il faut savoir qu'en France, les gens sont peu enclins à payer pour des nouvelles, à moins qu'il y ait vraiment des auteurs connus. C'est comme ça (donc le recueil se vendra en nombre très restreint d'exemplaires).

Il existe aussi les A.T., et ils sont nombreux, qui ne déboucheront sur rien. Après avoir passé de longs moments devant votre feuille ou votre écran, torturé vos méninges pour trouver une bonne histoire, lu, relu, corrigé; après avoir eu la grande joie de recevoir un message vous disant que votre texte a été sélectionné, un grand silence. Et quand vous venez aux nouvelles c'est pour apprendre que, finalement, le projet est abandonné. Vous obtiendrez une excuse plus ou moins valable, improbable ou pas d'excuses du tout, et si vous n'êtes pas dégoûté du peu de cas qu'on fait de votre temps et de votre talent d'écrivain, vous vous inscrirez à un autre A.T. C'est le jeu.

Pour ma part, j'ai eu cette mauvaise surprise deux fois de suite (très sympa quand on débute).

Mais alors, pourquoi participer?

Avec tout ce que je viens de raconter, on peut se poser la question. Et pourtant... pourtant, un A.T., c'est très intéressant. C'est une motivation, un exercice de style où il faut respecter certaines conditions, une occasion de mener une histoire de A à Z avec du rythme (la nouvelle est un exercice de concision à ne pas négliger). Le fait d'avoir une date butoir oblige à se prendre en main, à écrire, à en pas se laisser prendre par la syndrome de la page blanche, et respecter un certain nombre de mots ou de caractères est un défi de taille.

Personnellement, j'opte de temps à autre pour des thèmes qui ne m'inspirent pas, mais alors pas du tout. Je sais que j'ai peu de chances d'être sélectionnée, mais peu importe. C'est le meilleur des exercices et une façon de toucher à tous les genres. Une façon aussi, si on est en cours de rédaction d'un roman, de lever le nez de celui-ci et de prendre du recul, de voir ses tics d'écriture, ses défauts...

Bref, participer à un A.T., est un excellent apprentissage de l'écriture.

Sans compter que, si la présence de nouvelles sur le net ou dans un recueil a peu de chance d'aider à faire éditer un roman, il permet de garder une certaine visibilité, et ça, pour un auteur encore inconnu, c'est indispensable.

J'ai eu la chance, lors d'A.T., de rencontrer des gens très bien. La chance de voir publier ma toute première nouvelle dans une revue historique sérieuse (vous pouvez d'ailleurs la lire sur ce blog), de m'essayer à un genre différent grâce à l'éditeur qui édite un de mes romans, et très bientôt, l'un de mes textes sera publié dans une revue numérique et papier, récente mais de qualité (Etherval), que je vous engage à découvrir.

Commenter cet article

Megami Sunshine 31/12/2013 17:32

Je suis pigiste, la concision j'ai du apprendre à faire avec, moi qui aime tant m'étaler...;) J'ai déjà tapé plusieurs fois sur le net "concours d'écriture" et j'ai jamais rien trouvé, mais peut-être qu'avec A.T. je trouverai quelque chose...Merci beaucoup pour cet article en tout cas, tu m'as ouvert une fenêtre mais genre énorme quoi :D