Et l'édition dans tout ça?

Publié le par Aurélie Genêt

Parce que certaines questions reviennent tant sur les forums, les blogs, que dans la famille dès que celle-ci sait que vous écrivez, voici un rapide exposé sur sujet.

Faire publier son livre, ça coûte cher?

La réponse est simple: non. Ça ne coûte rien, absolument rien du tout si la publication se fait à compte d'éditeur.

Si l'on vous demande quelque chose (et en général, un gros quelque chose), c'est du compte d'auteur. Il faut s'en méfier. Certaines sociétés font du compte d'auteur en le dissimulant sous de beaux discours, mais publie pour cher, sans aucun suivi derrière et sans tri des manuscrits. Cela risque de déprécier vos écrits plus qu'autre chose.

Dans un compte d'éditeur, l'éditeur paie tout, de la correction à l'impression en passant par la couverture. La publicité aussi normalement, encore faut-il qu'il en ait les moyens (nous verrons que c'est théorique et que, finalement, vous avez dû ouvrir votre bourse quand même, mais en faveur de l'éditeur). Vous, vous êtes l'auteur, vous avez créé un objet (ou du moins un contenu intellectuel). Est-ce que d'habitude, ce sont ceux qui créent qui paient pour qu'on leur prenne leur création? Non, ça devrait vous faire gagner de l'argent, pas en perdre (façon de parler, bien sûr, parce que si vous écrivez pour gagner de l'argent, vous allez au devant des mauvaises surprises)

Les éditeurs sont en général submergés de manuscrits, ils n'ont pas besoin de courir après les écrivains. Quand vous voyez une publicité, que ce soit sur le net ou dans un magazine, d'une maison d'édition qui chercherait de nouveaux auteurs, méfiez-vous. C'est très sûrement pour vous proposer du compte d'auteur.

Comment faire pour être publié?

Vous avez écrit votre roman, tout est peaufiné, soigné, corrigé, c'est le roman du siècle, aucun doute là-dessus. Encore faut-il pour que le public s'en aperçoive, qu'il arrive dans les bacs sous la forme d'un beau livre broché ou relié, avec sa belle couverture et votre nom écrit dessus.

Personnellement, je vois trois méthodes. S'il y en a d'autres, je ne les connais pas.

1. Par connaissance

Il faut le reconnaître, les hommes étant ce qu'ils sont, de tout temps une des méthodes efficaces pour arriver là où on veut arriver, c'est d'y être introduit par autrui.

Ce n'est pas forcément du piston, juste la recommandation d'un auteur déjà reconnu, une connaissance au sein de la maison d'édition, l'appartenance à un même cercle littéraire... Juste le petit coup de pouce qui peut faire que l'éditeur regardera votre manuscrit avec plus de bienveillance ou le préférera, inconsciemment, à un autre de même niveau.

Dans le même ordre d'idée, il paraît que fonctionner au culot et porter soi-même son ouvrage à Untel ou Untel, même si on ne connaît personne, peut porter ses fruits.

Je n'en sais pas plus sur le sujet, donc je ne m'y attarderai pas. Sauf peut-être pour rappeler que c'est une méthode bien difficile à mettre en place en province, tant il est vrai qu'au fond des campagnes, cercles littéraires et maisons d'édition en vue ne se croisent pas à tous les coins de rue (ou au détour d'une forêt). Paradoxalement, n'en déplaise aux élitistes, il s'y trouve autant de potentiels auteurs. Pour ces derniers, existe la solution la plus fréquente:

2. L'envoi de manuscrit

par mail:

En ce XXIè siècle désormais bien entamé, vous vous dites, moderne, que la dématérialisation vous tend les bras. Erreur: le monde de l'édition ne fait décidément pas partie des entreprises anti-déforestation, et les maisons qui acceptent les envois par mail se comptent sur les doigts d'une main. Allez, peut-être un peu plus, mais ça reste ridicule en regard du nombre d'éditeurs en France.

par courrier postal:

Après avoir soigneusement tout tapé sur votre ordinateur, vous voilà donc finalement revenu au bon vieux papier. Et c'est là qu'on se rend compte que le coût n'est pas nul du tout. On ne compte pas l'investissement, bien sûr, dans l'ordinateur, le clavier confortable (recommandé), le traitement de texte et, si vous êtes particulièrement consciencieux, l'un des nombreux et coûteux logiciels d'aide à l'écriture.

Par contre, il faudra bien compter l'imprimante. Parce qu'il ne s'agit pas de tirer une ou deux photos de temps en temps, non, mais de grandes quantités de textes. Ce qui nécessitera une bonne imprimante laser, rapide, avec un gros bac à papier (et un gros bac pour recevoir les feuilles imprimées, on l'oublie souvent celui-là) et un toner qu'il n'y aura pas besoin de changer en permanence. Rapide, pourquoi? Parce que votre manuscrit, vous n'allez pas le tirer à un seul exemplaire. Pour avoir une chance, il faut l'envoyer partout et à tout le monde. Imaginez un manuscrit de 500 pages (croyez-moi, avec les pages très aérées demandées, en recto uniquement - je vous l'ai dit, la déforestation, tout le monde s'en moque - on y arrive vite), à imprimer 20 fois. Si votre machine sort 20 pages/min, il vous faut déjà 25 min par manuscrit (sans incident de parcours). Alors, pour 20 manuscrits, faites le calcul... Et il vous faudra rester devant l'imprimante. Si, si... Parce que vous pouvez être sûr que si vous partez vaquer à d'autres occupations, le papier bourrera au bout de trois pages, l'encre manquera, une poussière se sera glissée dans la machine faisant une grosse trace sale sur toutes les feuilles, vous vous rendrez compte après coup que vous vous êtes trompé dans la numérotation des pages... Bref, il faut surveiller. Il deviendra alors évident que faire publier son manuscrit ne coûte pas cher en monnaie sonnante et trébuchante (les paquets de feuilles sont abordables). En temps, par contre...

Ce serait trop simple si ça s'arrêtait là. Parce qu'il s'agit de faire propre, de bien présenter. Alors ces 500 pages fois 10 (10 parce que devant les pages sortant au ralenti de votre imprimante, vous avez décidé que, finalement, dix exemplaires suffiraient), il faut les relier. Et donc acheter une perforeuse/relieuse (bon courage pour en trouver une pas chère pour 500 pages). Bien entendu, on penchera d'instinct pour un premier prix. Or les premiers prix, censés perforer dix feuilles, ont la fâcheuse tendance de rater la perforation au-delà de trois ou quatre (ce qui nécessite de réimprimer les dites feuilles), et perforer 5000 pages par groupes de trois ou quatre, c'est horriblement long et surtout très agaçant. Pour les impatients, on peut aussi le faire faire dans une boutique. Le coût n'est pas le même.

Après quoi, direction la Poste, où vous vous ferez un ami du postier quand il verra le nombre de timbres que vous achetez. Si c'est à la campagne, soyez sûr qu'il lorgnera sur les adresses et demandera innocemment dans quelle branche vous travaillez. Le bon côté, c'est que si votre manuscrit est publié, ce postier pourra aussi vous faire de la publicité.

Voilà, il ne vous reste plus qu'à attendre quelques mois la réponse ou la non réponse des maisons contactées.

Mais la troisième méthode, me direz-vous, elle est peut-être moins rébarbative? Certes, mais plus aléatoire, aussi.

3. la bonne étoile

Vous pouvez compter sur la chance. Oui, la chance existe. Peut-être donc qu'un jour, à force de hanter le net, de harceler les forums et de poster à tout va vos écrits sur la toile, vous serez contacté par un éditeur admiratif qui s'occupera de tout sans que vous fassiez quoi que ce soit.

Et toi, tu as réussi à publier, non? C'était du piston?

Du tout. Comme tout le monde, ou presque, je suis passée par la méthode 2. Mais au lieu d'envoyer mon texte tout azimut, mon compte en banque faisant alors triste mine, j'ai opté pour le mail. J'ai, difficilement, déniché des maisons d'édition qui acceptaient ce genre d'envois et, parmi elles, j'ai choisi celles qui me semblaient sérieuses. Notre pays a ses défaut, mais il a aussi ses qualités, entre autres son grand nombre de petites maisons d'édition indépendantes. C'est sûr, avec elles, on ne va pas toucher grand chose ni publier des centaines d'exemplaires, mais si on peut préférer celles qui optent pour la qualité plutôt que la quantité, pourquoi s'en priver? J'en profite au passage pour remercier les éditions Sombres-rets: une réponse rapide, un contact sympathique, un travail sérieux, peu de romans mais un éventail éclectique... Un plaisir.

Quant à mon autre roman, j'ai eu l'extraordinaire chance de profiter de la méthode 3 (comme quoi ça existe!). Membre actif d'un forum d'écriture (je vous parlerai des forums d'écriture dans un autre billet), j'ai été contactée par l'administrateur du forum qui venait de créer sa propre maison d'édition. Mon écriture lui plaisait, il savait que j'avais un roman fini qui correspondait à sa ligne éditoriale, il lui fallait un premier auteur pour se lancer. Bien que n'ayant pas prévu à l'origine de publier ce roman, j'ai accepté avec plaisir de travailler avec lui pour améliorer autant que possible mon manuscrit et en faire un "vrai" livre.

PS. Avec un peu de recul

Quand j'ai écrit cet article, l'un des premiers, tout était encore neuf pour moi. Neuf et beau et porteur de rêve et d'espoir. Depuis, quelques petites choses ont changé, pas toujours en bien. J'avais des principes, des idées... Avec ma propre expérience, mais aussi avec d'intéressantes discussions avec d'autres auteurs sur les salons, je revois ma position. À présent, je me pose la question de l'auto-édition. Je suis d'ailleurs en train de me lancer pour publier un de mes écrits de la sorte.

Après quoi, et seulement à ce moment-là, je pourrai comparer ces deux modes d'édition (l'édition à compte d'auteur étant hors de question), donner les avantages et les inconvénients. J'écrirai alors un article sur ce sujet.

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Megami Sunshine 31/12/2013 17:56

Perso pour envoyer mon manuscrit, je l'ai fait imprimer et relier à l'imprimerie de la fac...bon ok c'était pas donné, mais au moins c'était bien fait! J'ai juste failli avoir le suicide de mon imprimeur sur la conscience...:p Toutes les réponses positives que j'ai reçu étaient malheureusement des comptes d'auteurs...et verser 3000 euros pour faire éditer mon livre, c'est une partie de roulette russe qu'en tant qu'étudiante je ne peux pas trop me permettre. En tous cas, merci de me conforter dans l'idée qu'il ne faut jamais dire oui au comptes d'auteurs ;) Dorénavant je n'ai plus qu'à spammer le web encore et encore et attendre ma bonne étoile...Nan, quand même pas :)

Megami Sunshine 31/12/2013 18:20

Oui justement, je me dis que c'est le moment ou jamais pour me lancer...mais j'ai grandi à la campagne, et je sais ce que c'est de devoir faire des kilomètres pour trouver une imprimerie...

Aurélie Genêt 31/12/2013 18:16

Mais tu es à la fac (profites-en). Moi, non et en plus j'habite à la campagne. Alors, les imprimeries, il faut les trouver...